Un texte un auteur : Alphonse Lamartine « Le lac »

Publié: 10 mars 2011 dans Poésie des autres

En lisant des mots dans le très beau blog de MicheLLe me sont venus en tête des bribes d’un poème de Lamartine appris avec beaucoup d’efforts.

Avec les quelques vers dont je me souvenais, j’ai pu retrouver l’intégralité. Je vous le livre ici

 

Le lac – Alphonse de Lamartine

Ainsi, toujours poussés vers de nouveaux rivages,
Dans la nuit éternelle emportés sans retour,
Ne pourrons-nous jamais sur l’océan des âges
Jeter l’ancre un seul jour?

 

Ô lac ! L’année à peine a fini sa carrière,
Et près des flots chéris qu’elle devait revoir,
Regarde ! je viens seul m’asseoir sur cette pierre
Où tu la vis s’asseoir !

 

Tu mugissais ainsi sous ces roches profondes,
Ainsi tu te brisais sur leurs flancs déchirés,
Ainsi le vent jetait l’écume de tes ondes
Sur ses pieds adorés.

 

Un soir, t’en souvient-il ? nous voguions en silence;
On n’entendait au loin, sur l’onde et sous les cieux,
Que le bruit des rameurs qui frappaient en cadence
Tes flots harmonieux.

 

Tout à coup des accents inconnus à la terre
Du rivage charmé frappèrent les échos
Le flot fut attentif, et la voix qui m’est chère
Laissa tomber ces mots :

 

« Ô temps ! suspends ton vol, et vous, heures propices !
Suspendez votre cours :
Laissez-nous savourer les rapides délices
Des plus beaux de nos jours !

 

« Assez de malheureux ici-bas vous implorent,
Coulez, coulez pour eux;
Prenez avec leurs jours les soins qui les dévorent,
Oubliez les heureux.

 

« Mais je demande en vain quelques moments encore,
Le temps m’échappe et fuit;
Je dis à cette nuit : Sois plus lente; et l’aurore
Va dissiper la nuit.

 

« Aimons donc, aimons donc ! de l’heure fugitive,
Hâtons-nous, jouissons !
L’homme n’a point de port, le temps n’a point de rive;
Il coule, et nous passons ! »

 

Temps jaloux, se peut-il que ces moments d’ivresse,
Où l’amour à longs flots nous verse le bonheur,
S’envolent loin de nous de la même vitesse
Que les jours de malheur ?

 

Eh quoi ! n’en pourrons-nous fixer au moins la trace ?
Quoi ! passés pour jamais ! quoi ! tout entiers perdus !
Ce temps qui les donna, ce temps qui les efface,
Ne nous les rendra plus !

 

Éternité, néant, passé, sombres abîmes,
Que faites-vous des jours que vous engloutissez ?
Parlez : nous rendrez-vous ces extases sublimes
Que vous nous ravissez ?

 

Ô lac ! rochers muets ! grottes ! forêt obscure !
Vous, que le temps épargne ou qu’il peut rajeunir,
Gardez de cette nuit, gardez, belle nature,
Au moins le souvenir !

 

Qu’il soit dans ton repos, qu’il soit dans tes orages,
Beau lac, et dans l’aspect de tes riants coteaux,
Et dans ces noirs sapins, et dans ces rocs sauvages
Qui pendent sur tes eaux.

 

Qu’il soit dans le zéphyr qui frémit et qui passe,
Dans les bruits de tes bords par tes bords répétés,
Dans l’astre au front d’argent qui blanchit ta surface
De ses molles clartés.

 

Que le vent qui gémit, le roseau qui soupire,
Que les parfums légers de ton air embaumé,
Que tout ce qu’on entend, l’on voit ou l’on respire,
Tout dise : Ils ont aimé !

 

Traité avec Picassa et photofiltre

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commentaires
  1. Ce poème est gravé dans les pierres au bord du Léman, dans le petit port de Nernier où nous aimons nous promener…
    Cela nous fait plaisir de te lire, merci pour ton petit mot…
    Amicales pensées de Muriel et Fred

    • Réjanie13 dit :

      Oh ça me fait plaisir d’avoir de vos nouvelles.
      J’espère que vous allez bien tous les deux et que la vie s’écoule douce et sereine pour vous

      Amicales pensées pour vous deux et au plaisir de vous lire à nouveau

  2. marieliane dit :

    Réjanie,
    Je suis ravie de te retrouver ce matin sur mon blog.
    Lamartine :
    Que le vent qui gémit, le roseau qui soupire,
    Que les parfums légers de ton air embaumé,
    Que tout ce qu’on entend, l’on voit ou l’on respire,
    Tous disent : Ils ont aimé !
    Ce passage je l’aime à m’en donner la chaire de poule… si, si , c’est des mots que j’aime écrire, ils sont en moi comme une deuxième nature.
    Lorsque j’ai écrit mon premier livre « Où Es Tu Maman » mon éditeur décida de m’enlever une partie de mes descriptions poétiques sur la nature aux raisons que mon livre était celui d’une personne en souffrance. Pour lui il fallait que le lecteur s’imprègne du coté enfance traumatisée. Je n’étais pas ravie mais je me suis dit que s’il advenait que je sois publiée à nouveau je mettrais tout mon coeur à décrire mes ressentis sur la beauté des paysages. Et ce fut fait dans mon deuxième lives « Le Sac à Dos ». Je me suis régalée dans la description des paysages de montagne.
    Je te souhaite un bon week-end.
    Reviens vite me lire sur mon blog
    Bisous.
    Roberte

  3. marie-ne dit :

    Bonjour Annie
    Je découvre ce poème de Lamartine, et j’AIme! Comme il est beau et profond, les mots me font défaut pour y mettre un commentaire, je soulignerai tout si je m’y mettais,  » le temps n’a point de rives, il coule et nous passons »….en conscience le savoir, c’est tellement beaucoup déjà, prendre le temps, l’instant, et au bout de la route, si on se retourne, avoir aimé nous comblera le coeur, on aura touché (je crois) à l’essentiel!!!
    gros bisous Chère Annie, merci pour ce bel écrit, et la photo de toi, je pense, est magnifique, un joli contre-jour et un lac en belle lumière.
    belle soirée. Merci pour ton passage. 🙂

  4. F dit :

    ohalala … cela date de mes 5mes humanités… cela fait plus de 20 ans cela …

  5. Joli blog, je ne sais pas où donner de la tête lorsque je te lis…Je suis gourmande et je trouve ta recette super…Je la teste ce we….Je te dirais…Merci…Quand à Lamartine, tu me fais très plaisir car ce poème est mon préféré..Alors….Profitons de l’heure fugitive…Je t’embrasse…Béa

    • Réjanie13 dit :

      Teste et régale toi, ce qui restait de ce w.E. on a mangé ce midi chez mon ancien voisin nîmois, nous nous sommes léchés à nouveau les babines 🙂
      Merci d’être passé chez moi à bientôt sur ton blog 😉

  6. bleuemarie dit :

    C’est si beau !

    A moi aussi, quelques vers revenaient..les même sans doute 🙂
    J’ai retrouvé avec grand plaisr l’intégralité de ce poème
    Cordialement
    Marie

  7. MicheLLe dit :

    Un classique…..à la mode sur les blogs…

    ce n’est pas mon poème préféré de Lamartine

  8. Christiane 34 dit :

    Mais tu fais dans le classique aujourd’hui,mon amie,
    C’est effectivement un très beau poème…. qui n’a pas pris une ride,
    Bizarre pour un lac !!!
    Bises

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